La phosphatase acide prostatique – de la biologie de la prostate à la détection médico-légale de traces de sperme
La phosphatase acide prostatique appartient à un groupe d’enzymes dont l’importance dépasse de loin leur fonction biologique initiale. Dans le corps humain, elle est principalement présente dans la sécrétion de la prostate et constitue l’un des composants caractéristiques du liquide séminal.
Par le passé, elle a été utilisée pendant de nombreuses années comme marqueur des maladies de la prostate, avant que l’antigène prostatique spécifique (PSA) ne s’impose à grande échelle. En médecine légale, cependant, la phosphatase acide prostatique a conservé un rôle distinct et remarquablement durable : depuis plus de soixante-dix ans, son activité est utilisée comme un marqueur biochimique important pour la détection présumée de traces susceptibles de contenir du sperme. Son utilité tient à l’activité enzymatique extrêmement élevée présente dans les sécrétions prostatiques, ce qui signifie que même une quantité relativement faible de matériel biologique peut, dans des conditions de réaction convenablement définies, provoquer une réaction chimique facilement observable.
Cette propriété est à l’origine des tests médico-légaux classiques de dosage de la phosphatase acide et constitue également le principe biochimique sur lequel repose le test StripDetective. La phosphatase acide prostatique est toutefois une protéine bien plus intéressante qu’il n’y paraît au premier abord, compte tenu de son utilisation comme simple marqueur analytique. Il s’agit d’une enzyme glycosylée dotée d’une structure tridimensionnelle complexe, qui appartient à la famille des phosphatases acides à histidine, capable d’hydrolyser un large éventail de composés contenant du phosphate, et dont le rôle physiologique complet dans le liquide séminal n’a pas encore été entièrement élucidé. La compréhension de sa structure moléculaire et de ses propriétés enzymatiques permet d’expliquer pourquoi son activité s’avère si utile depuis des décennies dans le dépistage prédictif du sperme.
De l’enzyme diagnostique au marqueur médico-légal
L’histoire de la phosphatase acide prostatique en tant que marqueur biologique a commencé bien avant son utilisation à grande échelle en médecine légale. Au cours de la première moitié du XXe siècle, des chercheurs ont découvert que l’activité de cette enzyme était étroitement liée à la prostate et qu’elle pouvait augmenter dans certaines pathologies. La phosphatase acide prostatique est ensuite devenue l’un des marqueurs biochimiques les plus importants utilisés dans le diagnostic et le suivi du cancer de la prostate, avant que son rôle ne soit largement supplanté par le dosage du PSA. Parallèlement, les chercheurs ont constaté une activité exceptionnellement élevée de cette enzyme dans le liquide séminal humain. Cette caractéristique a rapidement attiré l’attention des experts en médecine légale, qui recherchaient des méthodes chimiques rapides permettant d’identifier les taches de sperme, lesquelles n’étaient pas toujours détectables à l’œil nu.
Au cours des années 40 du XXe siècle, des descriptions de l’utilisation de l’activité de la phosphatase acide pour identifier les taches de sperme ont commencé à apparaître dans la littérature spécialisée. En 1949, Sidney Kaye a publié un article intitulé « Test de la phosphatase acide pour l’identification des taches de sperme ». Au cours de la décennie suivante, cette méthode s’est tellement imposée que les chercheurs ont mis au point des papiers réactifs stables permettant de réaliser des tests de la phosphatase acide même en dehors d’un environnement de laboratoire classique. Depuis lors, la criminalistique a considérablement évolué : on dispose désormais de tests immunologiques, de techniques de microscopie avancées, du profilage de l’ADN et d’un large éventail de méthodes moléculaires. Le test de la phosphatase acide a néanmoins conservé son intérêt en tant que méthode rapide de dépistage préliminaire, car il repose sur une propriété biochimique réelle et hautement caractéristique du liquide séminal.
Qu’est-ce que la phosphatase acide prostatique, exactement ?

La phosphatase acide prostatique, le plus souvent abrégée en PAP (de l’anglais « Prostatic Acid Phosphatase »), est une enzyme appartenant au groupe des phosphatases acides. L’abréviation PAP apparaît également fréquemment dans la littérature scientifique. Cette protéine est codée par un gène actuellement désigné sous le nom d’ACP3, bien que l’ancien symbole génétique ACPP reste encore très courant dans les publications plus anciennes. Le gène est situé sur le bras long du chromosome 3, dans la région 3q22.1, et code pour une protéine précurseur composée de 386 acides aminés. Les 32 premiers acides aminés forment un peptide signal qui dirige la protéine nouvellement synthétisée vers la voie de sécrétion. Une fois ce peptide signal éliminé, la protéine mature se compose de 354 acides aminés.
Si l’on calcule la masse moléculaire du polypeptide mature en se basant exclusivement sur sa chaîne d’acides aminés, cette valeur s’élève à environ 41 kDa. En réalité, la molécule de PAP est toutefois plus lourde, car elle subit une glycosylation, modification post-traductionnelle au cours de laquelle des structures glucidiques sont ajoutées à la protéine. La sous-unité mature glycosylée présente donc une masse moléculaire d’environ 48 à 50 kDa. Deux de ces sous-unités s’assemblent pour former un homodimère natif dont la masse moléculaire totale est d’environ 100 kDa. Cela explique pourquoi les publications scientifiques peuvent décrire la PAP de différentes manières, comme une protéine de masse moléculaire d’environ 41, 50 ou 100 kDa. Ces valeurs ne sont pas contradictoires : elles se rapportent respectivement à la chaîne polypeptidique mature, à la sous-unité glycosylée et au dimère fonctionnel complet.
Structure tridimensionnelle de l’enzyme
La phosphatase acide prostatique possède une structure tridimensionnelle bien caractérisée. Chacune des deux sous-unités formant le dimère se compose de deux domaines principaux. Le domaine le plus grand présente une architecture α/β, le feuillet β central étant entouré d’hélices α, tandis que le domaine le plus petit se compose principalement de structures hélicoïdales α. La fente entre ces domaines abrite le site actif de l’enzyme, dans lequel doit pénétrer le substrat contenant un groupe phosphate. La géométrie précise de cette poche est essentielle à la catalyse, car elle assure le positionnement correct du groupe phosphate du substrat par rapport aux résidus d’acides aminés catalytiques clés.
La PAP est également une glycoprotéine. Trois sites principaux de N-glycosylation ont été identifiés ; ils sont traditionnellement désignés par les notations Asn62, Asn188 et Asn301, lorsque la protéine mature sert de point de référence pour la numérotation. Toutefois, si la numérotation des acides aminés commence à partir du précurseur complet, ces mêmes positions correspondent à Asn94, Asn220 et Asn333. Cette différence apparemment insignifiante revêt une importance particulière lors de la lecture de la littérature scientifique, car différents auteurs peuvent utiliser des systèmes de numérotation divergents, même lorsqu’ils décrivent exactement les mêmes caractéristiques structurelles. Les chaînes glucidiques, associées aux résidus cystéine conservés et aux liaisons disulfure, contribuent à la stabilité et aux propriétés structurelles de l’enzyme en aidant à stabiliser la protéine mature.
La PAP appartient à la famille des phosphatases acides à base d’histidine
La phosphatase acide prostatique appartient à la superfamille des phosphatases acides à histidine. Une caractéristique de ce groupe est le motif aminoacide hautement conservé RHGXRXP, qui contient un résidu d’histidine directement impliqué dans la catalyse. Dans la PAP humaine mature, l’un des résidus catalytiques les plus importants est His12. Son rôle va bien au-delà d’une simple aide au positionnement du substrat au sein du site actif. Au cours de la catalyse, il se produit un transfert temporaire du groupe phosphate du substrat vers cette histidine, ce qui donne naissance à un intermédiaire transitoire : la phospho-histidine.
Ce complexe de phospho-histidine est ensuite hydrolysé, ce qui libère du phosphate inorganique et ramène l’enzyme à son état initial, lui permettant ainsi d’entamer un nouveau cycle catalytique. Plusieurs autres résidus d’acides aminés participent à l’organisation du site actif, notamment Arg11, Arg15 et Arg79, dont les chaînes latérales chargées positivement contribuent à stabiliser le groupe phosphate chargé négativement, ainsi que His257 et Asp258. L’Asp258 participe à l’organisation de l’environnement catalytique et au mécanisme de transfert des protons, bien que l’étendue exacte de son rôle ait fait l’objet de débats dans les études mécanistiques. La réaction catalysée par la PAP est donc nettement plus complexe qu’une simple « élimination » du groupe phosphate. Elle implique la formation transitoire d’un intermédiaire covalent enzyme-phosphate, ce qui constitue l’une des caractéristiques mécanistiques propres à la famille des phosphatases acides à histidine.
Une seule enzyme, de nombreux substrats possibles
La phosphatase acide prostatique n’est pas une enzyme qui ne reconnaît qu’un seul composé. Elle se caractérise par une spécificité de substrat relativement large et est capable d’hydrolyser toute une série de phosphomonoesters. Dans le cadre d’études en laboratoire, le phénylphosphate, le p-nitrophénylphosphate, la phosphotyrosine, la phosphocholine, l’AMP et plusieurs dérivés phosphorylés du naphtol ont été utilisés comme substrats de la PAP. Cette spécificité relativement large est importante tant pour comprendre les fonctions physiologiques de l’enzyme que pour expliquer comment elle peut être mise à profit en chimie analytique.
L’α-naphtylphosphate, substrat également utilisé dans le système réactionnel StripDetective, mérite une attention particulière. Des études cinétiques portant sur la phosphatase acide prostatique humaine ont mis en évidence les propriétés enzymatiques favorables de ce composé, notamment une faible valeur de Km dans les conditions étudiées, ce qui suggère une interaction efficace entre l’enzyme et le substrat. Cela ne doit toutefois pas être interprété comme une preuve que l’α-naphtylphosphate est un composé naturel présent dans le liquide séminal. Il s’agit d’un substrat analytique synthétique délibérément choisi, car son hydrolyse enzymatique produit de l’α-naphtol, qui peut ensuite participer à une deuxième réaction chimique conduisant à la formation d’un produit fortement coloré.
Quel rôle joue donc la phosphatase acide prostatique dans le sperme ?
La fonction physiologique exacte de la très grande quantité de PAP présente dans le liquide séminal n’a pas encore été clairement élucidée. Cela est quelque peu surprenant, car cette enzyme est connue depuis des dizaines d’années, sa structure a été minutieusement caractérisée et son activité peut être mesurée relativement facilement. L’explication la plus probable est que la PAP ne remplit pas une fonction isolée, mais qu’elle participe à plusieurs processus métaboliques différents dans le plasma séminal et dans l’environnement biochimique entourant les spermatozoïdes.
L’acide lysophosphatidique (LPA) est l’un des substrats d’origine naturelle les mieux documentés. Le LPA est un lipide biologiquement actif qui intervient dans la signalisation cellulaire. Des études menées sur le plasma séminal humain ont démontré que la PAP est capable d’éliminer le groupe phosphate de la LPA, ce qui donne naissance au monoacylglycérol. Cela suggère que cette enzyme pourrait contribuer à la régulation de la concentration des lipides de signalisation dans le liquide séminal et pourrait ainsi influencer son environnement biochimique local.
La phosphocholine constitue un autre substrat physiologique potentiel particulièrement intéressant. La PAP est capable d’hydrolyser la phosphocholine pour former de la choline et du phosphate inorganique. Ce phénomène est particulièrement intéressant, car l’éjaculat rassemble les sécrétions de plusieurs glandes différentes : les vésicules séminales apportent des composés contenant de la phosphocholine, tandis que la prostate apporte une très grande quantité de PAP. La choline issue de cette réaction pourrait ensuite participer aux processus régulant la fonction des spermatozoïdes. Un modèle a même été proposé, selon lequel la production de choline médiée par le PAP contribuerait indirectement à la motilité des spermatozoïdes par le biais de mécanismes de signalisation cholinergiques. Il s’agit toutefois davantage d’une hypothèse physiologique intéressante que d’une fonction primaire du PAP définitivement prouvée.
L’AMP, l’adénosine et d’autres effets de la PAP

Les capacités enzymatiques de la phosphatase acide prostatique vont encore plus loin. La PAP peut agir comme une 5′-nucléotidase et catalyser l’hydrolyse de l’AMP en adénosine et en phosphate inorganique. Cette activité a été étudiée de manière particulièrement approfondie en ce qui concerne la forme transmembranaire de la PAP présente dans le système nerveux, où l’adénosine produite localement pourrait contribuer à la modulation de la transmission des signaux douloureux. Il existe toutefois nettement moins de preuves indiquant que la production d’adénosine constitue la fonction principale de la très forte concentration de PAP présente dans le liquide séminal.
Cette enzyme présente également une activité vis-à-vis de la phosphotyrosine et pourrait participer à la régulation de la phosphorylation des protéines dans les cellules de la prostate. Ces résultats démontrent que la PAP devrait être considérée comme une enzyme biochimiquement polyvalente plutôt que comme un simple marqueur d’un liquide corporel spécifique. Les différentes formes de cette protéine peuvent remplir des fonctions variées en fonction de leur localisation cellulaire, de la disponibilité de substrats spécifiques et de l’environnement chimique local.
Formes sécrétoires et transmembranaires de la PAP
Le gène ACP3 peut donner lieu à la production de plusieurs formes de cette protéine. Pour la détection médico-légale du sperme, la forme sécrétoire, généralement désignée sous le nom de sPAP, est la plus importante. Cette forme est produite par les cellules épithéliales de la prostate et libérée en grande quantité dans le liquide séminal. Son activité enzymatique extrêmement élevée constitue la base des tests présomptifs classiques de détection de la phosphatase acide.
Il existe également une forme transmembranaire, connue sous le nom de TM-PAP, qui comporte un segment supplémentaire permettant à la protéine de s’ancrer dans la membrane cellulaire. Elle a également été identifiée en dehors de la prostate, notamment dans le système nerveux. La PAP est également présente à l’intérieur des cellules de la prostate, où elle participe probablement à la régulation de la phosphorylation des protéines. L’existence de ces différentes formes montre que l’importance biologique de l’ACP3 dépasse la simple sécrétion de l’enzyme dans le sperme, bien que, d’un point de vue médico-légal, ce soit précisément la forme sécrétoire qui reste la plus pertinente.
Pourquoi la phosphatase acide est-elle un marqueur médico-légal si utile ?
En médecine légale, un marqueur utile ne se trouve pas nécessairement exclusivement dans un seul type de matériel biologique. La phosphatase acide n’est pas entièrement spécifique au sperme, car l’activité de la phosphatase peut également être détectée dans d’autres tissus et liquides organiques. Ce qui rend le liquide séminal caractéristique, c’est le niveau d’activité enzymatique. Le sperme contient des taux particulièrement élevés d’activité de la phosphatase acide, principalement d’origine prostatique, ce qui permet de concevoir un test chimique doté d’un seuil de réaction à partir duquel une activité enzymatique élevée génère un signal clairement visible, tandis que le bruit de fond biologique typique reste nettement plus faible.
Il s’agit là du principe classique sur lequel repose un marqueur prédictif. Le marqueur ne doit pas nécessairement être absolument unique ; il doit toutefois être présent dans le matériel cible en quantité suffisante pour pouvoir être distingué de manière significative du bruit de fond biologique normal. C’est pourquoi le dosage de la phosphatase acide est considéré comme une méthode de dépistage prédictif plutôt que comme un test de confirmation définitif. Son objectif est d’indiquer que l’échantillon contient un signal biochimique correspondant à un matériel susceptible de contenir du sperme. Dans la pratique des laboratoires médico-légaux, un tel dépistage peut aider à identifier les zones nécessitant un examen plus approfondi, à réduire le nombre d’échantillons envoyés pour une analyse plus complète et à localiser rapidement les traces biologiques potentiellement pertinentes.
D’une enzyme invisible à la couleur violette
Le test StripDetective exploite l’activité enzymatique de la phosphatase acide, plutôt que la reconnaissance directe de la protéine PAP par un anticorps. De même, ce test ne détecte ni l’ADN lui-même, ni les spermatozoïdes. Il met plutôt en évidence la capacité de l’enzyme à provoquer une réaction chimique spécifique. Le premier composant clé du système réactionnel est l’α-naphtylphosphate. Si l’activité de la phosphatase acide est suffisamment élevée dans l’échantillon, l’enzyme élimine le groupe phosphate de ce substrat, ce qui donne naissance à l’α-naphtol.
L’α-naphtol devient alors le substrat de la deuxième phase de la réaction. Il réagit avec un sel de diazonium approprié dans le cadre d’une réaction de copulation, au cours de laquelle se forme un composé azoïque coloré. C’est précisément ce composé qui est à l’origine de la couleur violette ou pourpre caractéristique qui apparaît sur la zone de test. Le test combine donc deux processus : une réaction enzymatique, suivie d’une réaction chimique conduisant à la formation d’une couleur. Grâce à cette séquence, l’activité enzymatique, qui serait autrement invisible à l’œil nu, se transforme en un signal pouvant être évalué visuellement sans recourir à des appareils d’analyse spécialisés.
Pourquoi le choix de l’α-naphtylphosphate est-il important ?
Le choix du substrat pour un test enzymatique n’est pas le fruit du hasard. Le substrat doit être efficacement reconnu par l’enzyme, permettre une réaction suffisamment rapide, former un produit facilement détectable et rester suffisamment stable dans la préparation finale. L’α-naphtylphosphate est particulièrement utile à cet égard, car la phosphatase acide prostatique humaine interagit favorablement avec lui, tandis que l’α-naphtol ainsi formé se prête parfaitement aux réactions de copulation avec des composés diazonium.
Dans la pratique, cela permet de relier efficacement une étape biochimique à une autre étape chimique. L’activité enzymatique produit d’abord de l’α-naphtol, qui est ensuite transformé en un composé de couleur intense. Grâce à cette combinaison, l’enzyme, qui n’est pas visible en soi sans équipement spécifique, peut produire un signal visible facile à interpréter.
Le test comprend plus de deux composés réactifs
À première vue, l’ensemble du système peut sembler simple : il suffit de combiner un substrat approprié pour la phosphatase avec un composé diazonique et d’observer si une coloration apparaît. Dans la pratique, cependant, la mise au point d’un test enzymatique stable et reproductible s’avère nettement plus complexe. L’activité de la phosphatase est influencée par le pH, la concentration des réactifs, l’activité de l’eau, la température, la stabilité du substrat et la présence d’autres enzymes ou composés chimiques susceptibles d’interférer avec la réaction. Chacun de ces facteurs peut modifier la vitesse d’apparition de la coloration ou augmenter le bruit de fond et les réactions non spécifiques.
C’est pourquoi la préparation StripDetective contient davantage que du phosphate d’α-naphtyle et un réactif diazonique. Il contient également des composés tampons qui contribuent à maintenir un milieu réactionnel propice à l’activité enzymatique ; des stabilisants qui préservent l’efficacité des réactifs pendant le stockage ; ainsi que des agents protecteurs qui aident à préserver les composants sensibles du système réactionnel contre la dégradation. Le kit contient en outre des accélérateurs de réaction, dont le but est de favoriser un développement chromatique rapide et clairement visible, ainsi que des inhibiteurs de l’activité phosphatase non spécifique, qui ont pour fonction de limiter les réactions enzymatiques indésirables et d’améliorer la sélectivité de l’ensemble du système.
La mise au point des proportions adéquates de ces composants, l’optimisation des conditions de réaction et la création d’un système de stabilisation adapté ont nécessité deux années de travail pour élaborer la formule du test StripDetective. L’objectif ne consistait pas seulement à mettre en évidence la réaction de la phosphatase acide, car les principes chimiques fondamentaux sont connus depuis des décennies. L’objectif était de créer un système qui reste stable pendant le stockage, qui produise un signal clairement visible dans un laps de temps court et défini, et qui limite l’influence des réactions non spécifiques dans des conditions très différentes de l’environnement contrôlé d’un laboratoire de police scientifique.
Pourquoi l’intensité de la couleur peut-elle varier ?
La vitesse à laquelle la couleur se développe et son intensité finale dépendent en partie de l’activité enzymatique présente dans l’échantillon testé. Si l’activité de la phosphatase acide est élevée, un plus grand nombre de molécules de substrat peut être transformé en α-naphtol en peu de temps, ce qui entraîne une formation plus rapide et plus marquée du produit coloré. En cas d’activité enzymatique plus faible, la réaction peut être proportionnellement moins intense. Ce rapport explique pourquoi différents échantillons peuvent présenter des degrés de coloration variables.
L’intensité de la couleur ne doit toutefois pas être interprétée comme une mesure quantitative précise de la quantité de liquide séminal présente. Le StripDetective est un test qualitatif plutôt que quantitatif, et l’aspect visuel de la réaction est influencé par d’autres facteurs que la seule quantité initiale d’enzyme présente. La couleur obtenue peut être influencée par la quantité de matière prélevée, le degré de dilution de l’échantillon, l’ancienneté et l’état de la trace, l’efficacité du transfert de l’échantillon, la nature de la surface testée et la manière dont la procédure a été réalisée. C’est pourquoi le résultat doit être évalué dans le délai de lecture défini et par comparaison avec l’échelle de référence correspondante, et non pas comme une estimation de la quantité de liquide séminal.
Pourquoi un résultat positif est-il toujours considéré comme provisoire ?
Le principe le plus important pour une interprétation responsable de ce test consiste à reconnaître que la phosphatase acide n’est pas présente exclusivement dans le sperme. L’activité de la phosphatase peut également être détectée dans d’autres tissus et matières biologiques, bien qu’en général à des concentrations nettement plus faibles. Une réaction chimique positive indique donc qu’une activité enzymatique supérieure au seuil défini a été détectée ; cela ne signifie toutefois pas l’identification directe d’une molécule présente exclusivement dans le liquide séminal. C’est pourquoi les tests de détection de la phosphatase acide sont classés parmi les tests présomptifs.
Un résultat préliminaire positif indique que la trace examinée pourrait contenir du sperme et justifier un examen complémentaire ; toutefois, il ne constitue pas en soi une confirmation définitive. Si une identification sans équivoque est requise, le matériel doit être analysé à l’aide de méthodes de laboratoire appropriées. Si l’objectif est en outre d’identifier la personne à laquelle appartient le matériel biologique, une analyse de l’ADN est nécessaire. Il s’agit de niveaux d’information différents, qui répondent à des questions scientifiques différentes, et qui ne doivent pas être considérés comme interchangeables.
Que signifie un résultat négatif ?
Même un résultat négatif doit être interprété correctement. Cela signifie qu’aucune activité de la phosphatase acide dépassant le seuil de réaction du test n’a été détectée dans l’échantillon prélevé et analysé. Il ne doit toutefois pas être interprété comme une preuve biologique absolue qu’il n’y a jamais eu de sperme à l’endroit testé, car la capacité à détecter une activité enzymatique dépend de nombreux facteurs liés à l’échantillon lui-même et à la manière dont il a été prélevé.
La réaction peut être affaiblie par une quantité très faible de matériel biologique, une dilution importante, une dégradation enzymatique, un transfert inefficace de l’échantillon, une répartition inégale de la substance en trace ou la présence de substances altérant l’activité enzymatique. C’est là une raison supplémentaire pour laquelle la science médico-légale établit une distinction claire entre les analyses de dépistage et les analyses de confirmation. Le test préliminaire aide à décider de la suite de l’analyse, mais il ne peut se substituer à toutes les étapes suivantes de l’examen en laboratoire.
De la biologie d’une protéine à un outil d’analyse
La phosphatase acide prostatique constitue un excellent exemple de la manière dont les connaissances sur la structure et la fonction d’une protéine donnée peuvent être transposées dans un système analytique concret. Nous connaissons l’emplacement du gène qui la code, sa séquence d’acides aminés, l’architecture de sa structure dimérique, ses sites de glycosylation ainsi que la configuration de son centre actif. Nous savons qu’elle appartient à la famille des phosphatases acides à histidine et que, lors de la catalyse, il se forme temporairement un intermédiaire sous la forme de phosphohistidine. Nous savons également que cette enzyme peut agir sur un large éventail de substrats et qu’elle peut intervenir dans plusieurs processus métaboliques différents au sein du liquide séminal.
Cependant, d’importantes questions concernant son rôle physiologique restent sans réponse. La PAP participe très probablement à la fois au métabolisme de composés tels que la phosphocholine, le LPA et l’AMP, et peut ainsi influencer l’environnement biochimique du plasma séminal et, potentiellement, la fonction des spermatozoïdes. D’un point de vue médico-légal, une propriété reste toutefois essentielle : le liquide séminal présente une activité de la phosphatase acide exceptionnellement élevée par rapport à la plupart des autres matériaux biologiques. C’est précisément cette différence qui rend cette enzyme précieuse en tant que marqueur biochimique potentiel.
StripDetective exploite précisément ce principe biochimique fondamental. L’activité de la phosphatase acide entraîne l’hydrolyse d’un substrat soigneusement sélectionné, ce qui génère de l’α-naphtol, lequel participe ensuite à une réaction conduisant à la formation d’un produit visible de couleur violette. L’ensemble du système illustre l’un des principes fondamentaux de l’analyse biochimique : il n’est pas toujours nécessaire de détecter directement une molécule si la réaction caractéristique catalysée par celle-ci peut être observée avec une sensibilité et une netteté suffisantes. C’est le principe scientifique sur lequel repose le test StripDetective.
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